Avant et pendant
J'avais programmé pour aujourd'hui un billet sur l'entretien de nos cheveux, mais il m'est apparu plus urgent, et surtout plus "d'actualité", de vous raconter mon aventure matinale : celle des
courses en cette période inédite et anxiogène.
Je n'étais pas sortie depuis la mise en place du confinement, laissant à Jean, qui cuisine - comme vous le savez - cette tâche hebdomadaire dont je ne soupçonnais pas la pénibilité.
Il nous manquait quelques surgelés et des produits pharmaceutiques, aussi, ce matin, j'ai décidé de me colleter à ce qui me paraissait plutôt agréable : il faisait beau, je savais qu'il n'y aurait pas d'embouteillages, j'aime bien la route qui va de chez nous à Carcassonne, donc tout s'avérait parfait...
Evidemment, il faut se préparer à ce type de sortie : pas de bijou (j'avais ôté mon alliance, ma bague "habituelle"et fait l'impasse sur mes sempiternelles boucles d'oreille) ; vêtements que je pourrais laver à 60° au retour ; chaussures que je laisserais dans le garage ; masque et gants à emporter ; gel hydroalcoolique dans la voiture ; attestation de déplacement, etc
Nous avons la chance d'avoir quelques masques FFP1, que j'utilise habituellement pour me protéger des projections de vernis et autres solvants lorsque je peins ; ce sont des masques assez épais, assez efficaces, je pense et qui, de plus, se lavent bien.
J'avais prévu un petit sac à main, avec le strict essentiel à l'intérieur : attestation, pièce d'identité, papiers de la voiture, i-phone et carte de crédit (pas de rouge à lèvres ou de lunettes de soleil, bien sûr !).
Et me voici partie !
D'abord, je traverse notre petite ville : tous les commerces sont fermés en dehors de la pharmacie et de la boulangerie, quasiment aucune voiture qui circule hormis quelques véhicules agricoles...
Je passe le pont sur l'Aude sans encombre : personne !
Je prends la route nationale et la rocade jusqu'à l'entrée de Carcassonne : tous les commerces sont fermés, je croise deux ou trois voitures, dont une ambulance, et une sourde angoisse commence à monter en moi dans cette ambiance de désolation.
J'arrive avant l'ouverture devant mon marchand de surgelés, j'ai largement le temps de mettre mon masque et ma première paire de gants.
Trois ou quatre voitures sur le parking, je comprendrais ensuite que ce sont celles des employées.
J'entre dans le magasin : je suis seule avec les quatre employées, qui portent toutes des gants et des masque de type chirurgical.
Les rayons sont quasiment tous approvisionnés et je commence à remplir mon sac. Avez-vous déjà attrapé des surgelés avec des gants ? Tout un sport ! Les boîtes glissent ou collent, j'en fais tomber une, je me cogne en me relevant au couvercle de l'un des coffres, je n'arrive pas à attraper la boîte suivante : j'enlève mes gants, ça devient plus facile et j'arrive au terme de mon périple.
Là, je reconnais l'une des caissières et nous nous mettons à parler, de loin et en criant un peu car, à travers nos masques, la voix ne porte pas : elle me dit ne pas avoir le moral, que le masque porté toute la journée irrite sa peau, qu'il faut sans cesse rappeler aux clients les "gestes barrière", je la sens un peu déprimée, j'aimerais la réconforter, mais comment ?
Mon moral poursuit sa courbe descendante...
Je passe l'épreuve de la caisse, saisissant au mieux les produits derrière la barrière de plexiglas, je paie (ah, il faudra que je pense à nettoyer ma carte de crédit !) et je pars.
Courses dans le coffre, vite, je rentre dans la voiture, je jette mes gants sur le plancher, je me désinfecte les mains mais je garde mon masque puisque je dois me rendre à la pharmacie : j'ai bien enregistré les conseils, il ne faut pas le mettre et l'enlever sans cesse.
Je commence à avoir chaud et... ce masque que je mets habituellement quelques minutes, le temps de vernir une toile, devient un véritable carcan porté plus d'une heure.
Comme je vous l'ai dit, il fait très beau, le soleil cogne, je commence à transpirer : interdiction de toucher son visage ! Je supporte.
J'arrive à la pharmacie.
J'enfile ma deuxième paire de gants et je prends les produits en libre-service dont j'ai besoin, je demanderai les autres à la caisse;
Cela se passe relativement bien, la pharmacie a été réapprovisionnée en gels hydroalcooliques, je prends les deux auxquels j'ai droit ainsi que l'unique boîte de paracétamol délivrée par personne. J'arrive à la caisse, je trébuche sur une boîte qui délimite les distances de sécurité, j'avance malgré moi, la pharmacienne, derrière sa barrière de plexiglas, crie : "Reculez !", ce que je m'empresse de faire.
Comme, dans cette panique, j'ai oublié mon sac, elle range tous mes produits dans un petit carton mais le carton ne passe pas dans l'espace découpé dans le plexiglas et destiné à la récupération des commandes... Il faut donc que je me hisse pour l'attraper par-dessus la barrière de protection.
Ouf, j'ai terminé, je sors, mon carton sous le bras.
Retour à la voiture, j'ôte mes gants, je me désinfecte les mains une première fois (en fait c'est la deuxième...), j'enlève mon masque, je me désinfecte à nouveau les mains et en route pour la maison, dans ce paysage si beau et... si vide.
En mon for intérieur, j'espère presque être arrêtée par les gendarmes ou la police, pour retrouver un peu de civilisation, de vie, parler avec quelqu'un, mais non, j'arriverai à la maison sans le moindre contrôle, à l'aller comme au retour.
J'ai conscience, non pas d'avoir accompli un exploit, mais du moins d'avoir réussi la première manche de cette épreuve compliquée, mon moral remonte un peu.
Mais je sais que m'attend encore
"l'après-courses", ce que j'appelle la "
phase de décontamination", que je vous relaterai dimanche...
Bon courage à toutes et à bientôt au plaisir de vous lire !