De l'Antiquité au XXIème siècle
Au cours des différents billets de ce blog, vous avez été nombreuses à évoquer le diktat de la beauté, diktat qui a toujours été présent - certes avec plus ou moins de virulence - depuis le début de l’humanité.
Blonde pulpeuse, nymphette diaphane, top model du XXIème siècle, les canons de beauté n'ont cessé d'évoluer au cours de l'Histoire.
Marylin Monroe serait-elle encore considérée comme une beauté, aujourd’hui ?
Les belles du XXIème siècle seront-elles, demain, les oubliées du regard ?
En préambule, je tiens à préciser que le sujet de ce billet pourrait faire l’objet d’une thèse, aussi je requiers votre indulgence pour le balayage rapide de ce thème que j'ai effectué pour vous.
Je vous renvoie, pour une étude plus documentée, à l’excellent ouvrage d'Umberto Eco "Histoire de la beauté", Editions Flammarion.
La beauté antique en Egypte
Dans la civilisation égyptienne, les femmes sont représentées suivant des canons relativement stables : minces et musclées, élancées, aux jambes longues et aux fesses rebondies, seins menus et taille large ; ce sont quasiment des beautés contemporaines qui n'auraient pas eu recours à la chirurgie esthétique, en particulier à l'augmentation mammaire…
La femme, qui veille sur la maison, est à l'abri des rayons du soleil, d'où son teint pâle et lisse.
Ses yeux sont soulignés d'un trait de khôl (je suis sûre que nombre d'entre nous ont utilisé ce cosmétique, au moins dans leur jeunesse...) qui intensifie le regard.
Enfin, la femme idéale égyptienne est éternellement jeune... Cela commençait donc déjà !
Pour hydrater leur peau, les femmes égyptiennes utilisaient de l'huile d'amande amère, de laitue, de cumin ou encore de lys...
Le Moyen-Âge
Au Moyen Âge, le maquillage, sous prétexte qu'il travestit les créatures de Dieu, est interdit par l'Eglise toute puissante. Une seule couleur est tolérée, "le rouge de la pudeur" (étrange, le rouge étant, plus tard, associé à la sensualité !)
Généralement dissimulé sous des vêtements amples, le corps doit obéir à des canons très particuliers.
La jeunesse, encore une fois, est exaltée : la femme se doit d'être large d'épaules et d'avoir des seins petits, fermes et écartés, une taille de guêpe, des hanches étroites et un ventre rebondi (ce dernier critère ne déplairait pas aux "quinqua" que nous sommes...).
La blondeur est également à l'honneur (quand je vous disais que rien ne change sous le soleil...).
Les femmes de l'époque s'appliquaient un mélange de chaux vive et de sulfure naturel d'arsenic sur le front pour l'épiler. Pour empêcher la repousse du poil, rien ne valait le sang de chauve-souris ou de grenouille... (qui a essayé ces techniques parmi les lectrices de ce blog ?)
La Renaissance
Le corps féminin réapparaît dans l'art non-religieux, il est idéalisé, bien sûr.
Les femmes des tableaux de Raphaël et de Botticceli se tiennent dans des postures peu naturelles, évoquant le déhanché des statues antiques grecques.
Quant à la Vénus de Botticelli, elle a tout d'une beauté actuelle : d'une blancheur d'ivoire, sans le moindre poil ni bourrelet, elle est l'archétype de la beauté de marbre.
Je suis restée sidérée par sa modernité, quand j'ai pu la contempler aux "Offices", à Florence. Une divinité plus qu'une femme, au corps entièrement idéalisé...
Mais un glissement va s'opérer dans l'art de la Renaissance. Les aristocrates aiment également les rondeurs des femmes chez Le Titien ou Rubens. Cuisses dodues, poitrines lourdes et embonpoint,(le couvent m'attendait, à cette époque...) Rubens incarne un glissement vers un art sensuel, charnel et un appel au désir du spectateur.
Durant le XVIIème siècle, la beauté féminine correspond à des canons très précis : teint de lait, taille très fine, poitrine imposante, bras et mains potelés. Les femmes se fardent de rouge, devenu le symbole de l'amour et de la sensualité.
Madame de Montespan incarne parfaitement la femme idéale d'alors, comme on peut le voir sur ce tableau d'époque. Le corps est enfermé dans un corset enserrant la taille et faisant ressortir le profond décolleté, la peau est pâle et les lèvres d'un rouge profond.
Pour se protéger du soleil, les précieuses de l'époque n'hésitent pas à se promener avec un masque sur le visage... qu'elles tiennent avec leurs dents.
Le XVIIIème siècle : le retour au naturel
La révolution des idées du Siècle des Lumières touche aussi le domaine de la beauté. L'heure est à un retour au naturel. On se maquille moins : la femme idéale de l'époque doit avoir un teint de porcelaine aussi naturel que possible et les lèvres douces. Bouclés et poudrés, les cheveux adoptent tout de même un style savamment "décoiffé" (l'ancêtre du brushing wavy ...).
Les femmes de l'époque avaient pour habitude de se coller des mouches, faux grains de beauté en velours, sur la peau ; ancêtres de la mode des piercings ?
XIXème siècle : de la maladive à l'épouse vertueuse
Après la Révolution, plus de perruque poudrée, de mouche ou de rouge aristocratique. Pendant ce siècle, deux types de femmes se partagent le devant de la scène : la belle malade et la petite bourgeoise.
La belle malade est aussi bien une malade des nerfs, dont le déséquilibre confine à la folie - la figure emblématique étant Camille Claudel - qu'une malade du corps, telle Marguerite Gauthier, tuberculeuse magnifiée par Alexandre Dumas dans "La Dame aux camélias".
Cette beauté a le teint livide, les yeux cernés et les joues creuses. Signes de mélancolie et de désespoir, ces physiques correspondent à une femme mystérieuse, lointaine, fantasmée, pas totalement éloignée des mannequins faméliques du XXIème siècle.
Ces femmes ont l'habitude de boire du vinaigre et du citron pour se brouiller le teint et dorment peu pour se faire des cernes sous les yeux (méthode infaillible, je peux l'attester !)
Par ailleurs, et en opposition à ce type de femme maladive, cette période porte aux nues la vertu et la féminité accomplie : l'épouse vertueuse. Bien en chair, brune, le corps laiteux, cette femme incarne la beauté dans son aspect le plus lisse et le plus codifié.
La Castiglione, lourde et massive, est ainsi considérée comme l'une des plus belles femmes du Second Empire.
La corpulence est le signe de la maternité accomplie. Elle est renforcée par des faux-culs et des corsets projetant la poitrine en avant.
Au XIXème siècle, le maquillage est déconseillé. On découvre enfin les bienfaits de l'eau pour se nettoyer la peau...
XXème siècle : de la garçonne à Marilyn et à Brigitte Bardot
La bourgeoise engoncée dans son corset et sujette aux vapeurs laisse la place à une femme mince, libérée et en bonne santé. C'est la fameuse mode de la garçonne : cheveux coupés court, légère et court vêtue, la nouvelle beauté est presque androgyne et en cela d'une modernité troublante. Les fesses et le ventre doivent être aplatis, les seins petits et bien séparés tandis que les robes sans manches et arrêtées au genou doivent laisser voir des bras musclés et des jambes fines. Louise Brooks incarne parfaitement l'archétype de la garçonne.
Plus tard, va apparaître le mythe de la femme sensuelle, incarnée par Marilyn Monroe : poitrine généreuse, lèvres pulpeuses, sensualité exacerbée et incontournable blondeur !
Après la Seconde Guerre mondiale, la minceur est synonyme de mauvaise santé. Blondes et sensuelles, les actrices hollywoodiennes ont toujours un air de Marilyn qui est devenue l'image même de la beauté idéale, sensuelle, volcanique et un rien enfantine.
Tout est différent dans la "vraie" vie, où les conventions sociales sont soigneusement respectées : certains parents interdisent aux adolescentes de se maquiller, les fiançailles et le mariage sont toujours très codifiés (certaines d'entre nous pourront en attester).
Mais les grands écrans révèlent des stars jeunes et pulpeuses : Brigitte Bardot, Silvana Mangano, Liz Taylor, Sophia Loren et Gina Lollobrigida. Dans les publicités (et sur les camions), les pin-up prolifèrent : leur corps est celui de l'abondance et de la bonne santé.
C'est aussi la fin du teint pâle : le visage hâlé, synonyme d'une vie sportive et ensoleillée, est désormais de mise. Le bikini a été inventé pendant la Seconde Guerre mondiale, la minijupe dans les années 1960 ; en 1968, les étudiantes brûlent leur soutien-gorge en gage de libération.
Le corps féminin, se dévoile, la beauté idéale est sortie de son carcan bourgeois.
La beauté au XXIème siècle
La minceur est aussi un signe extérieur de richesse, résultat d’une saine alimentation, de séances de gym, de loisirs et d’un certain niveau d’éducation qui vont de pair avec le niveau de vie.
Les rondeurs sont devenues synonymes de laisser-aller, de perte de contrôle face à l’abondance alimentaire et de nourriture "bon marché".
La fin du XXème siècle et le début du XXIème sont fortement marqués par l’explosion de l'industrie et du commerce de l’embellissement".
Les gammes de soins et de produits de beauté explosent et les chirurgies esthétiques permettent aux femmes (riches !) de remodeler leur corps et leur visage à leur guise.
Le naturel, exhorté en appparence, recule dans les faits et le corps est valorisé en tant qu'objet de désir et de support identitaire.
La minceur n’est pas partout synonyme de beauté, elle peut s'assimiler à une maladie ou à une malnutrition. C'est ainsi que, dans la tradition africaine, des hanches fortes et une grosse poitrine sont des critères de féminité associés à la fécondité. En Mauritanie, on engraisse même les jeunes filles à marier car l’obésité est un critère de beauté ultime.
De même, les proportions harmonieuses du corps et les traits réguliers du visage sont très fréquemment privilégiés, ainsi que la jeunesse...
En conclusion, rares sont les femmes qui se trouvent "belles". Quand on leur demande de choisir l’adjectif qui décrit le mieux leur apparence, plus de la moitié des femmes choisissent des adjectifs neutres comme "naturelle", "dans la moyenne", "grosse" et, une infime minorité d'entre elles se déclarent "belles".
Les médias et la publicité ont défini des standards tellement irréalistes que la plupart des femmes ne pourront jamais les atteindre. Aussi, les femmes souhaitent majoritairement que les médias mettent un peu moins l’accent sur le physique idéal et fassent plus de place à des femmes "normales"...
A vous maintenant !
Quelle aurait été votre "période esthétique" favorite ?
Quels canons de beauté privilégiez-vous ?
J'avoue pour ma part avoir un faible pour Louise Brooks et l’époque "garçonne"...

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